Cyril aux doigts-rouges ou le Prince Russe et l'Enfant Tartare par David Ker

Cyril aux doigts-rouges ou le Prince Russe et l'Enfant Tartare par David Ker

Titre de livre: Cyril aux doigts-rouges ou le Prince Russe et l'Enfant Tartare

Auteur: David Ker

Broché: 70 pages

Date de sortie: October 4, 2016

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David Ker avec Cyril aux doigts-rouges ou le Prince Russe et l'Enfant Tartare

Extrait :

Combat d’un Géant

— Où est le chien russe qui oserait faire face à un guerrier tartare ? Qu’il vienne à ma rencontre !

Ainsi parlait un affreux géant à mi-chemin des deux armées prêtes au combat dans la grande plaine qui s’étend le long des rives du Dniéper. Les Tartares avaient envahi le sud-ouest de la Russie et les Russes s’étaient mis en campagne pour les refouler.

Si ces deux armées revoyaient, à l’heure actuelle, leur vieux champ de bataille, elles y trouveraient quelques curieux changements. Le long du fleuve silencieux où leurs flèches retombaient faisant, des épais lits de roseaux, s’envoler en criant les oiseaux sauvages, des bâteaux à vapeur accostent maintenant, haletant et ronflant, à un large débarcadère dominé par un immense hôtel. Où les Tartares avaient dressé leur camp on entend, sans cesse, le sifflement des trains qui passent, rapides, sur un des plus beaux ponts de la Russie. Sur les collines escarpées qui surplombent les rives du fleuve, on ne voyait alors que quelques huttes en bois adossées à un mur de terre ; aujourd’hui ce ne sont que de blanches tours, des coupoles d’or, des dômes verts, de hauts piliers, des jardins à terrasses, des maisons joliment peintes, enfin toute la splendeur de la grande cité de Kief.

Mais tout cela était encore bien éloigné lorsque le Tartare jeta son défi. Les Saxons et les Danois s’entr’égorgeaient en Angleterre ; l’Amérique n’était pas découverte encore ; Constantinople appartenait aux Grecs ; les Turcs se battaient en plein cœur de l’Asie où ils pillaient et saccageaient tout. La Russie (connue seulement depuis environ cent ans) était peuplée d’une race de guerriers féroces — semblables aux Zoulous de notre temps — combattant contre leurs voisins, et adorant « Peroon, le Dieu de la Foudre » dont l’horrible idole les observait, ce jour de bataille, du plus haut point de la colline.

De nouveau, l’énorme Tartare lança son insultant défi ; mais, braves comme les Russes étaient alors, personne n’y répondit et la confusion et la consternation furent visibles dans leurs rangs.

C’était une armée bien différente de celles de nos jours. Il n’y avait ni bayonnettes étincelantes, ni sabres luisants, ni casques dorés, ni cuirasses d’acier brillant ; pas d’uniformes verts gallonnés d’or et d’argent, pas de capotes grises en ratine, pas de roulement sourd de l’artillerie, pas de chevaux se cabrant et point de revue du Tzar devant le pilier de granit de la Cathédrale d’Isaac à St-Pétersbourg ! Les soldats du Xe siècle, armés de lances, de courtes épées, de haches, d’arcs et de flèches, étaient des êtres chevelus, au regard sauvage, presque nus et bien membrés, coiffés d’un casque d’acier uni et revêtus de peaux d’ours où étaient attachées des languettes de fer.

Bien qu’ils fussent étranges, ceux qu’ils allaient combattre étaient bien plus étranges encore. Les Tartares, avec leurs têtes rondes comme des billes, leurs yeux petits et louches et leurs courtes figures, ne ressemblaient guère aux hommes mais bien aux singes. Ils avaient des bras d’une telle longueur, que leurs mains atteignaient leurs genoux sans qu’ils se penchassent. Ils étaient revêtus de peaux de mouton ou de cuir de cheval. Au surplus, ils possédaient un nez épaté et une grande barbe qui pendait sous une figure verte-brune. On aurait cru qu’une armée d’ours faisait face à une armée de singes.

Vis à vis de son camp, le Tartare riait d’un rire insultant tout en faisant tournoyer au dessus de sa tête, une massue noueuse qu’il tenait dans son immense main brune où l’on voyait de gros muscles ressortir comme les replis d’une corde.

Mais ce n’était ni sa puissance, ni sa grandeur qui intimidaient les Russes. Ce qu’ils craignaient c’était l’art magique qu’on attribuait à certains hommes de cette race, art qui leur donnait une force irrésistible...